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Tirages photo : le choix de passer par un laboratoire professionnel

Imprimer ses photos pour les accrocher chez soi, les offrir ou les présenter lors d’une exposition est toujours très satisfaisant pour un photographe.

Il y a effectivement le petit “effet waouh” que l’on vit lorsque l’on découvre et que l’on regarde pour la première une fois sa photo autrement que sur un écran. Le rendu est différent, plus vivant, tangible, il réagit avec la lumière ambiante de la pièce. La taille de l’image peut être également plus importante qu’un affichage sur un ordinateur, dans le cadre de tirages en 60x40cm ou toute dimension supérieure. Enfin, accrocher sa photo au mur d’une pièce la positionne inconsciemment comme une petite oeuvre d’art. Et vous en êtes l’auteur !

Réaliser un tirage avec le rendu que l’on veut est un projet plutôt risqué et redouté par les amateurs et les professionnels soucieux de voir l’image avec le rendu souhaité. Nombreux sont ceux qui ont été déçus par une image (un peu) trop sombre, avec des couleurs trop fades, une teinte trop présente, un manque de détail…

En effet, de nombreux écueils séparent l’image affichée sur un écran de son homologue quasi identique sur papier (et cela rejoint le questionnaire mis en ligne plus tôt dans l’année), quelques exemples :

  • La densité des noirs : comment voyez-vous le noir sur votre image, sur votre écran ? Pensez-vous qu’il sera identique sur papier ? (Goût subjectif, réglage de l’écran avec le gamma…)
  • Force des couleurs : plutôt saturées, plutôt fades ? Seront-elles les mêmes une fois le tirage fait ? (là encore, goût subjectif, réglage de l’écran avec les préréglages d’usine ou l’espace colorimétrique utilisé)
  • Le détail (résolution et définition) : l’image que vous souhaitez imprimer correspond-elle à la taille du tirage ? Sa définition est-elle suffisante réellement ?
  • le papier ou le support choisi : chaque gamme de papier propose une texture (lisse, granuleux…), une absorption de l’encre, une restitution des couleurs et une finition (mat, vernis…) différente

 

Il est tout à fait possible de réaliser “soi-même” les tirages en passant par un service en ligne et d’obtenir des images satisfaisantes, cependant cela dépend de votre sujet photo (luminosité, couleurs…) ainsi que de vos réglages et de votre équipement (l’appareil photo ET l’ordinateur, en particulier l’écran). Dans la majorité des cas, vous obtiendrez une image qui se rapproche assez bien du rendu original, celui que vous voyez à l’écran.

 

Si j’écris cet article, c’est pour vous raconter mon expérience personnelle lors de mes différents tirages et ce qui m’a amené à passer par un laboratoire d’impression.

 

Lors de ma première exposition lors d’un festival photo à Loué en 2017, j’ai souhaité faire réaliser mes tirages par Saal Digital, un service en ligne bien connu basé en Allemagne. Si la qualité de leurs services est de bonne facture pour leurs prix, il n’y a pas de vérification et de validation avant l’envoi du tirage ! C’est-à-dire qu’entre ce que nous voyons sur nos écrans et leurs imprimantes, personne ne peut dire si le rendu est identique. Dans pas mal de cas, cela se traduit par une altération de l’image.

Cela n’a pas loupé pour mon exposition : sur une douzaine de photos, seules 5 étaient vraiment très bonnes. Les autres avaient un souci sur le rendu des noirs, elles étaient un peu trop sombres, les couleurs un peu fades. J’exposais à côté de Nicolas Orillard-Demaire, qui, avec ses tirages très grand format à plus d’un millier d’euros pièce (valeur de l’objet, pas la valeur de l’image), m’a donné presque honte à mes tirages…

La faute n’est pas à rejeter sur la préparation des fichiers que j’ai réalisés ni du workflow personnel : je travaille sur moniteur Samsung F2380M (son test) calibré à la sonde Datacolor Spyder Pro 4, dans des conditions de travail optimisé (orientation par rapport aux fenêtres, éclairage de la pièce…), l’espace colorimétrique est du Adobe RGB 1998 depuis les 2 Nikon D750, la gestion des fichiers et des images est toujours bonne (fichiers RAW ou TIFF 16 bits) et j’ai pu engranger quelques connaissances sur la théorie sur les couleurs au fil des années.

Non, ici il s’agit d’un maillon manquant dans la chaîne d’impression entre ce que l’on voit (et ce que l’on veut) sur son écran, et ce qu’il va être imprimé.

Pour y pallier et pour répondre au besoin d’avoir la certitude d’avoir le même rendu que sur les logiciels de traitement, il faut passer par un laboratoire indépendant, avec l’aide d’un tireur professionnel.

 

Avec l’exposition de paysage nocturne et d’astrophotographie “Les Couleurs de la Nuit” qui a été visible à 2 festivals de photographie ainsi qu’à une exposition, j’ai souhaité confier cette tâche à Florian Sau avec son laboratoire Impression Fine Art, situé au Mans (Sarthe).

J’ai connu son travail et ses réalisations via les publications et le travail d’autres photographes en Sarthe, notamment Simon Lagoarde; ce qui m’a donné envie de travailler avec lui avant de prendre contact, c’est le sentiment de pouvoir être accompagné et d’avoir le contrôle sur tous les aspects de l’impression.

 

Effectivement, dès le premier rendez-vous, on est écouté et accompagné. Il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup de connaissances en matière de tirages photo, Florian m’a bien détaillé chaque aspect de ce qui allait se passer pour le tirage de l’exposition.

Cela commence par le choix de la gamme du papier :

  • Quel est celui qui correspond le mieux au sujet photographié, avec ses contraintes et ses spécificités, mais aussi au budget alloué pour l’exposition ?
  • Faut-il choisir un papier mat ou un papier satiné ?
  • Avec une densité (le terme adéquat est main) importante au mètre carré ou non ?
  • La texture lisse, fine ou fibreuse ?
  • Le rendu des noirs profond ou nuancé et détaillé ?
  • Le point de diffusion de l’encre dans le papier précis ou légèrement diffus ?
  • Est-il nécessaire d’appliquer un vernis d’art ?

Ce sont autant d’aspects que le tireur va expliquer en détail pour que l’on puisse choisir au mieux le meilleur produit. Avec les explications techniques sur les caractéristiques des photos de paysage nocturne, Florian m’a conseillé le papier Canson Infinity Baryta Prestige. La finition satinée de ce produit ajoute à la fois de la texture et du brillant, mais sans s’exprimer par-dessus l’image. Il donne également une très belle dynamique aux couleurs tout en proposant une profondeur importante dans les noirs là où il faut : sur les images de ciel profond et notamment celle de la grande mosaïque de la Voie Lactée (visible ici en Ultra Haute Définition sur Astrobin), le détail dans les noirs est tel que nous pouvons voir la différence entre des poches de poussière sombre et un fond de ciel à peine plus clair de quelques points seulement. Bluffant !

 

Ensuite vient l’étape de la vérification des fichiers pour une première validation. Florian m’a demandé de regarder avec lui toutes les images de l’exposition sur l’écran de sa station de travail, pour vérifier ensemble que ce que nous voyons est conforme à ce que j’ai réalisé chez moi, mais aussi pour me prévenir sur d’éventuels problèmes que nous pourrions rencontrer lors du tirage. Avec son expérience, il possède quelque chose que nous n’avons pas : il sait ce que va donner à l’avance chaque teinte, chaque zone de l’image sur le papier. C’est un vrai plus de se reposer sur cette capacité acquise au fil des tirages à interpréter une image sur un écran sur sa future version physique. C’est à ce moment-là que l’on risque de voir une différence entre la photo que nous voyons sur notre écran chez nous, et celle affichée sur l’écran du tireur, qui est calibré avec un profil correspondant à celui de son imprimante. Si besoin, il peut être possible de corriger la différence sur Photoshop pour retomber sur un rendu similaire à celui que vous souhaitez.

La dimension des images est vérifiée selon le format désiré, avec un contrôle sur la résolution. Si le format que l’on veut est trop grand, donc avec un risque de manque de détail ou l’apparition de crénelage sur les bords d’objets photographiés ou encore de pixels sur certaines zones, le tireur nous le dira. Il vaut mieux toujours tirer un peu plus petit que trop grand pour préserver la qualité de la photo, sauf si votre fichier est littéralement irréprochable et que vous shootez avec un appareil à très haute résolution (pleins formats comme le Nikon D850 et autres moyens formats…).

 

Après la validation sur écran de chaque image, il est possible de pousser la vérification des images plus loin, en effectuant des tirages d’épreuve. Le principe est simple : sur le même papier, la même imprimante et les même encres qui vont être utilisés pour tirer les versions finales (celles que vous emmènerez chez vous), une version miniature est imprimée puis amenée sur une table pour l’observer et la valider ensemble. Densité, force des couleurs, détails, tout est contrôlé en lumière directe (éclairage fort vers le papier) puis indirecte (éclairage plus faible et diffus), et des corrections sont annotées directement sur le papier d’épreuve pour que le tireur prenne en compte les ajustements à réaliser avant l’impression finale.

Cette option est payante, mais vous garantit un rendu exact de ce que vous souhaitez. Si l’objectif et d’avoir le meilleur rendu et la meilleure vision du travail réalisé en amont (traitement er retouches), on ne peut pas faire mieux en termes de vérification, tout simplement !

 

Tirages photo : le choix de passer par un laboratoire professionnel
Tirage d’épreuve de l’exposition Les Couleurs de la Nuit, sur un rouleau de papier Canson Infinity Baryta Prestige. Eclairage à la Mandarine pour maitriser le flux de lumière.

 

Tirages photo : le choix de passer par un laboratoire professionnel
Chaque image est annoté sur le tirage d’épreuve. Zones à revoir légèrement, ou au contraire, si tout est OK.

 

Mieux que des mots pour décrire le travail réalisé lors du tirage de mon exposition chez Impression Fine Art, la vérification des fichiers ainsi que les commentaires entre Florian et moi-même sur les épreuves ont été enregistrés en vidéo sur la chaîne Codex Photo :

 

 

 

En plus de ce qui a été abordé précédemment, il y a tout ce que l’on ne voit pas ou que l’on ne pense pas directement lorsque l’on va chez un tireur d’art :

  • L’utilisation de matériel professionnel avec une imprimante/traceur professionnel, des encres/pigments (dont le prix d’une recharge de toutes les cartouches dépasse les 2000€ d’après Florian), des supports Dibond de qualité, de colle au pH neutre…
  • Le savoir-faire au niveau de la manipulation des images lors de l’impression et du montage sur les supports (si c’est contrecollé par exemple)
  • le savoir-faire et les conseils sur l’emballage, le transport et le stockage des images avant leur accrochage final. On ne manipule ni ne stocke des tirages d’art comme on range une décoration achetée chez une grande enseigne… il faut faire notamment attention à la variation de température et de l’hygrométrie.

 

Il ne reste plus qu’à attendre quelques semaines, le temps que le tireur effectue les tirages puis l’assemblage sur le support voulu… et vous pourrez profiter de vos photos avec beaucoup de satisfaction !

Dans le cadre de l’exposition lors du festival photo Phot’Expo à Asnières-sur-Vègre, où j’affichais les tirages dans le Manoir de la Cour avec un éclairage soigné, les retours sur les photos étaient unanimes : le public, les photographes et les organisateurs ont beaucoup apprécié les photos ainsi que leur présence au niveau des couleurs, surtout pour des images réalisées la nuit.

 

Sachez qu’il est possible d’avoir les images de mon exposition avec exactement le même papier utilisé et réalisé par Impression Fine Art, disponible sur la page des Tirages d’Art et Reproductions

 

En bonus, un commentaire sur un tirage 120x60cm de l’une des images :

En attendant la mise en place demain au Manoir de la Cour des 14 tirages que j'ai récupéré cet après-midi chez Florian Sau – Impression Fine Art, petit tour du rendu des images sur le papier Canson Infinity sur un 120x60cm (l'image ne sera pas utilisée pour l'exposition, elle n'est pas contrecollée sur Dibond).Un vrai régal pour les yeux, mais aussi un affichage exigent, car le moindre défaut ou "flemmardise" de traitement ou de retouche se voit sans problème.Sur cette photo, un détourage a été fait à la plume sur Photoshop, et le papier est impardonnable : le lissage de 1px de la sélection après détourage se voit sur une petite partie de la photo. Il faut le savoir… mais c'est déjà trop !Le rendu sur la vidéo est différent de ce que l'on voit en vrai, l'image est plus sombre.

Publiée par Maxime Oudoux sur Jeudi 6 juin 2019