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Test du Tokina Opera 50mm f/1.4 en astrophotographie et paysage nocturne

Commercialisé depuis 2018, ce 50mm f/1.4 est, avec un 16-28mm f/2.8, l’un des deux objectifs de la gamme OPERA. Tokina y concentre tout son savoir-faire pour donner naissance à des objectifs imposants et lumineux, destinés aux photographes les plus exigeants. Tokina s’attaque au segment Premium avec cette gamme Opera, face à la gamme ART de Sigma (on remarque d’ailleurs une sorte de petit clin d’œil : gamme « ART » / « OPERA », coïncidence ?).

Comment s’en sort-il dans le cadre de la photo de paysage nocturne et de l’astrophotographie ?

 

Commençons par la fiche technique de ce Tokina 50mm f/1.4 Opera :

  • Focale : 50mm
  • Format de capteur : plein format et APS-C
  • Ouverture maximale : f/1.4
  • Ouverture minimale : f/16
  • Construction optique : 15 éléments répartis en 9 groupes dont 3 lentilles « Super Low Diffraction », 1 lentille asphérique, un revêtement ELR (Extremely Low Reflection)
  • Diaphragme : 9 lamelles
  • Diamètre du filtre :  72mm
  • Tropicalisation : oui, 8 zones de joints d’étanchéité
  • Poids : environ 950g
  • Montures compatibles : Canon EF, Nikon F

 

Crédit : Tokina

Le choix d’un 50mm en paysage nocturne et l’astrophotographie

Avant de présenter en détail l’objectif, il est utile ici de préciser le contexte d’utilisation en photo nocturne. Une focale de 50mm peut être considérée comme longue voire « contre-productive » pour capturer le ciel, notamment par les photographes qui n’utilisent que des ultras grands angles. En effet, ils bénéficient d’un temps de pose conséquent et d’une large portion du ciel photographiée en un coup (à 14mm, le temps de pose peut monter jusqu’à +/-20s sans avoir de filé). A l’inverse donc, avec 50mm, nous avons un champ beaucoup plus serré et un temps de pose réduit à environ 6s à peine sur plein format et au niveau de l’équateur céleste. Pourquoi s’embêter à faire cela ?

Un 50mm (comme un 35mm, voire un 24mm) est un excellent choix optique pour obtenir des images de haut niveau sur les détails et notamment sur la finesse des étoiles. Grâce à la technique de la photographie panoramique (que j’enseigne dans mes cours en ligne ici), la taille du champ du paysage photographié n’est pas un problème. Les images sont immenses (plusieurs dizaines ou centaines de megapixels), fourmillent de détails fins, le bruit est même diminué en apparence sur la vue globale, car « noyé » dans toute cette surface visuelle de pixels (d’autant plus que nous traitons une à une chaque image avant assemblage !).

Un 50mm peut également être utilisé en astrophotographie à très grand champ, couplé avec une monture de suivi pour compenser la rotation de la Terre. Vous pouvez, par exemple, photographier l’ensemble de la constellation d’Orion et avoir quelques jolis détails à l’intérieur (nébuleuse de la tête de cheval, M78 et ses nébulosités sombres autour…).

Enfin, pour les esprits plus créatifs, un 50mm f/1.4 permet de jouer facilement avec la profondeur de champ. Ouvert au maximum ou à f/2, vous bénéficiez d’un bokeh magnifique (les étoiles défocalisées deviennent des pastilles teintées de leur couleur naturelle) et un grand contrôle sur le sujet que vous souhaitez mettre en valeur, en faisant la mise au point dessus (tout le reste devient flou). Vous pouvez trouver en exemple sur mon site quelques images de portrait prises avec cette technique simple de « défocalisation ».

 

Construction et prise en main

Ce Tokina 50mm f/1.4 de la gamme Opera arbore un design très sobre, noir mat avec quelques inscriptions peintes en blanc ou argentées. Il est difficile de se tromper dans sa manipulation tant les zones sont facilement identifiables : sélecteur AF/MF, fenêtre de distance de mise au point, large bague de mise au point. Il y a très peu d’éléments, l’austérité esthétique des objectifs sortis depuis 4 ou 5 ans se ressent également sur cet objectif.

La prise en main de cet objectif est vraiment excellente, l’ensemble des commandes tombe bien sous la main. La bague de mise au point possède une course très longue, précise, bien ajustée dans sa dureté. C’est un critère important dans la prise de vue nocturne, où nous devons faire la mise au point de manière très précise sur les étoiles. Pour info, il est possible de faire la mise au point manuellement même avec l’AF enclenché (veillez à bien le désactiver sur vos prises nocturnes ! 😉 ). Les matériaux sélectionnés donnent un très bon retour (le « feeling ») lors de sa manipulation, ce qui accroit le sentiment de confiance et permet de se concentrer sur ce que l’on fait.

Poursuivons justement sur sa construction. Le Tokina 50mm f/1.4 est imposant et lourd (quasiment 1kg). La finition est excellente et n’a absolument pas à rougir face à Nikon, Canon ou Sigma.  L’objectif est tropicalisé (joints sur 8 zones différentes) ce qui le rend plus résistant aux poussières et à l’humidité. Pour le paysage nocturne, c’est un bon point : il n’est pas rare de voir notre matériel trempé par la rosée et l’humidité, car il reste sur le trépied pendant plusieurs heures. En revanche, son poids important peut éventuellement poser quelques soucis et nous demande d’être vigilant sur les serrages de notre trépied au niveau de sa tête / rotule-ball.

Le filtrage est en diamètre de 72mm. Le pare soleil tulipé, assez imposant, permet de protéger un peu plus la lentille frontale de l’humidité en pleine nuit (ou d’y placer autour une résistance chauffante). Une petite trappe dans le pare soleil permet d’avoir accès au filtre et faire tourner un polarisant.

Enfin, un petit aparté sur l’AF (car il ne nous sert pas de nuit) : il est très réactif, silencieux et précis. Un vrai bonheur de jour, nous pouvons lui faire confiance pour faire des images de portrait même ouvert à f/2, avec la garantie que là où notre collimateur d’AF est placé dans le viseur, la mise au point est faite parfaitement. Bravo Tokina pour l’AF (et je ne suis pas le seul à le dire) !

 

J’ai pu utiliser ce Tokina 50mm f/1.4 lors du séjour à l’observatoire AstroQueyras à la mi-janvier 2021, pour quelques projets de paysages nocturnes avec la tête panoramique Nodal Ninja 6 RD-16 II. Situé à 2930m d’altitude et offrant l’un des ciels les plus pur d’Europe, c’est un terrain de jeu idéal pour tester l’objectif (température moyenne de nuit : -12°C sans compter le vent).

Comme dit plus haut, cet objectif est vraiment agréable à utiliser. Les contrôles tombent bien sous la main, il nous met à l’aise très facilement. Habitué d’ordinaire à un 35mm (avec le Samyang 35mm f/1.4 AS UMC), passer à une focale un peu plus importante est une petite évolution pour moi. Le champ photographié est un tout petit peu plus petit (toujours sur mes deux Nikon D750), mais chacune des photos qui compose mes images panoramiques gagnent en finesse et en détail. En revanche je suis obligé de poser environ 2s de moins pour éviter le filé sur les étoiles causé par la rotation de la Terre. L’exercice s’est révélé vraiment intéressant et positif !

 

L’observatoire AstroQueyras sous le ciel d’hiver. Nikon D750 Astrodon, Tokina Opera 50mm f/1.4, Tête panoramique Nodal Ninja VI RD-16, Trépied Slik PRO 700 BH6. Image panoramique de 40 photos (Assemblage sur AutoPano Giga)

 

A l’heure où j’écris cet article, deux autres images panoramiques ont été réalisées avec ce Tokina Opera. Malheureusement, les contraintes liées au calendrier ne me permettent pas de vous les montrer. J’ai toutefois de bonnes excuses : la première concerne une image prise pour le magazine Porsche France Christophorus (attente de publication du magazine pour la montrer), la deuxième est une image panoramique de l’observatoire, très complexe, de plus de 90 photos, avec du focus stacking sur 3 profondeurs de champ et du digital blending (présence de la lune). Les autres projets en cours font qu’elle n’est pas encore traitée (il y en a pour plus de 20 heures de travail). Lorsqu’elles seront prêtes, cet article sera mis à jour !

 

Qualité d’image en paysage nocturne et en astrophotographie

Le Tokina 50mm Opera f/1.4 promet sur le papier des performances de haute volée. Nous avons vu plus haut que ce 50mm s’en sort avec les honneurs de jour. De nuit, le constat est un peu plus nuancé.

Important, à lire pour la suite du test / Positionnement d’exigence : une focale de 50mm est destinée à des projets de prise de vue demandant de la finesse de détail ainsi qu’une excellente correction des défauts optiques habituels. Le niveau d’attente de performance sur le matériel est donc très élevé. Avec le positionnement Premium de ce Tokina 50mm f/1.4 Opera et son prix de 900€, nous attendons donc de lui une très belle qualité d’image.

Boitier utilisé pour le test : Nikon D750, capteur plein format 24Mpix, photosites de 5,95 μm. Pourquoi cette précision ? La taille des photosites joue sur la “tolérance” aux défauts optiques. Plus les photosites sont petits, plus ils vont amplifier ces défauts. A l’inverse, des capteurs avec de gros photosites sont plus “souples” et peuvent s’accommoder d’objectifs moins performants. Le Nikon D750, avec ses 24Mpix de presque 6 microns, ce situe dans la moyenne des capteurs actuels, il donne un résultat pouvant donner un aperçu à tout le monde.

Voyons si le ramage vaut le plumage…

  • A f/2.8

Pourquoi évoquer directement l’ouverture f/2.8 sur une optique à f/1.4 ? Elle offre, en règle générale, le meilleur compromis entre la gestion du vignettage, la diminution des défauts optiques, un piqué plus élevé, une homogénéité de piqué sur l’ensemble du champ contre un « débit » de lumière encore correct. Vous pouvez bien évidemment ouvrir l’objectif à votre convenance, mais rappelez-vous que ce que vous gagnez en luminosité, vous le perdez en finesse et qualité d’image. Libre à vous de placer votre curseur d’exigence selon vos objectifs. Pour plus d’explications, j’en parle dans mes cours en ligne.

A f/2.8, l’image montre une belle finesse sur l’ensemble du champ photographié, que cela soit sur un détail au niveau du sol ou une étoile dans le ciel. Le vignettage, peu présent, se corrige totalement sur les logiciels. En zoomant sur les RAW, nous pouvons deviner une différence de piqué entre le centre et le bord, mais cela reste faible. Les étoiles ne sont pas baveuses et bien colorées, ce qui est un bon point pour travailler l’image. Un sans-faute pour le moment !

La gestion de la coma et des aberrations chromatique sont satisfaisantes, mais elles sont plus visible que ce que l’on pensait selon notre positionnement exigent précisé plus haut. Il existe en effet une légère diffraction chromatique violette autour des étoiles principales des constellations (par exemple, Alnitak, Alnilam et Mintaka de la Ceinture d’Orion). Une gestion des AC sera nécessaire pour les retirer sur les logiciels (DxO Photolab ou Lightroom pour ne citer qu’eux). La coma sagittale est également présente dans les coins, quelle que soit la magnitude de l’étoile. Plus l’étoile est lumineuse, plus la coma sera importante, en forme de « cône » ou parfois de « mouette ». Sur les étoiles de forte magnitude, elle est accompagnée d’une aberration chromatique sur le périmètre opposé de l’étoile au centre de l’image. En résumant, ces défauts restent relativement petits, si l’on voit l’image dans son ensemble.

Exemple sur cette prise de vue sur Orion et Sirius (l’étoile la plus brillante du ciel); notez qu’Orion occupe tout le coin supérieur droit de l’image. Pour regarder l’image en détail, elle est en meilleure définition ici.

Nikon D750, Tokina Opera 50mm f/1.4 – 6s, 4000ISO, f/2.8. RAW converti en JPG sur DxO Photolab 3, aucune correction activée (DxO ne connait pas ce Tokina Opera puisqu’il n’est pas encore allé dans le labo de test de DxO MARK), aucune retouche hormis une exposition à +1,5 pour mettre en évidence plus facilement les différents éléments. Attention à ne pas confondre le bruit chromatique sciemment laissé sur l’image, avec les aberrations chromatiques aux abords des étoiles.

 

Image de la région Nord du ciel (l’Etoile Polaire est au centre, peu d’étoiles lumineuses). Nikon D750, Tokina Opera 50mm f/1.4 – 6s, 4000ISO, f/2.8. RAW converti en JPG sur DxO Photolab 3, aucune correction activée (DxO ne connait pas ce Tokina Opera puisqu’il n’est pas encore allé dans le labo de test de DxO MARK), aucune retouche hormis une exposition à +1,0 pour mettre en évidence plus facilement la surface et la différence de luminosité du vignettage avec le centre de l’image. Attention à ne pas confondre le bruit chromatique sciemment laissé sur l’image, avec les aberrations chromatiques aux abords des étoiles.

 

Zoom sur les 4 coins de l’image à f/2.8.

 

  • À f/4

C’est à f/4 que nous obtenons, en règle générale, le meilleur rendement optique des objectifs pour une utilisation en photos de nuit. L’équilibre luminosité / qualité d’image penche donc désormais en faveur de la qualité.

Le gain de piqué et de finesse sur les étoiles est perceptible. Elles sont plus fines et marquées sur le fond de ciel, mais nous observons toujours un reliquat d’aberration chromatique sur certaines étoiles (les plus lumineuses), quelle que soit leur position dans le champ de l’image. La coma reste présente également mais elle est bien diminuée, pour osciller entre sa complète disparition ou une légère forme allongée, selon l’image et l’étoile. L’objectif montre ici tout son potentiel, mais au prix d’une perte de luminosité important. Sans monture de suivi, des poses de 6s à f/4 sont assez sombres, même à 4000ISO (ou bien vous utilisez la méthode de l’empilement, ou encore vous augmentez l’amplification du signal reçu, avec des ISO plus élevé).

 

Image de la région Nord du ciel (l’Etoile Polaire est au centre) quelques secondes après la précédente. Nikon D750, Tokina Opera 50mm f/1.4 – 6s, 4000ISO, f/4. RAW converti en JPG sur DxO Photolab 3, aucune correction activée (DxO ne connait pas ce Tokina Opera puisqu’il n’est pas encore allé dans le labo de test de DxO MARK), aucune retouche hormis une exposition à +1,5 pour mettre en évidence la surface et la différence de luminosité du vignettage avec le centre de l’image.

 

Zoom sur les 4 coins de l’image à f/4.

 

Afin de scruter les images sous leurs moindres détails, vous trouverez ici 4 images en JPG définition native du D750 (6016×4016) – toujours non corrigées et retouchées sauf l’exposition à +1,0 pour mieux observer le vignettage sur le fond de ciel. Les exifs sont aussi incluses dans les fichiers.

J’ai inclus le RAW converti à f/1.4 et f/2 pour que vous puissiez vous rendre compte de l’évolution des défauts optiques selon l’ouverture, et pourquoi nous utilisons majoritairement l’ouverture à f/2.8 ou f/4 en paysage nocturne. Elles sont toutes à 6s et 4000ISO, sur le même boitier Nikon D750, prises à quelques secondes d’intervalle.

RAW converti à f/1.4

RAW converti à f/2

RAW converti à f/2.8

RAW converti à f/4

Le Tokina 50mm f/1.4 Opera s’en sort donc correctement dans l’exercice ô combien sensible de la photo nocturne. Il faut bien rappeler que cette discipline photo fait partie des plus exigeantes en termes de performance optique. La moindre négligence sur la conception, la construction des éléments et leur assemblage se voit sur la photo.

 

Conclusion – Points négatifs et positifs

Tokina met tout son savoir-faire dans cette 50mm f/1.4 Opera. Imposant et bien fini, il est un objectif de choix pour qui veut chercher de la polyvalence d’utilisation de jour comme de nuit, grâce à son autofocus réactif. Ses performances optiques, impressionnantes de jour, sont cependant légèrement en retrait de nuit pour être bonnes, vis-à-vis du positionnement Premium de cette gamme Opera et d’une certaine attente que l’on peut avoir de sa part vu l’investissement.

Points +

  • Construction et finition de très bonne qualité
  • Performance optique de jour (autofocus, piqué, velouté de bokeh…)
  • Belle qualité d’image de nuit : finesse et coloration des étoiles, vignetage contenu…

Points –

  • … mais quelques aberrations chromatiques et de la coma à f/2.8 pouvant être visibles selon la zone du ciel (sur les étoiles lumineuses)
  • Poids et dimensions

 

Je remercie chaleureusement Cokin France pour cet exemplaire du Tokina 50mm f/1.4 Opera !