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Nouveau Samyang 14mm f/2.8 MF MarkII : test en astrophotographie et paysage nocturne

Commercialisé depuis maintenant environ 10 ans, cet ultra grand-angle permet aux photographes de découvrir les joies des images larges et lumineuses avec un bon rapport qualité-prix. Plébiscité auprès des astrophotographes, nous le rencontrons très fréquemment dans le sac photo des passionnés du ciel.

Samyang propose un nouveau modèle « Mark II », héritier de son prédécesseur. Il conserve en effet les caractéristiques principales (focale, ouverture, focus manuel), mais la marque sud-coréenne a modernisé la formule optique et la construction, comme nous pourrons le découvrir un peu plus bas.

L’objectif a été annoncé à la fin mai 2020 et commercialisé le mois suivant, toutefois j’ai pu avoir l’un des tout premiers exemplaires sur le territoire européen et l’emmener avec moi lors de mon séjour en Auvergne et en Aubrac, à côté de mon matériel panoramique.

Je vais donc vous donner un résumé et un ressenti complet à son sujet.

 

Commençons par la fiche technique de ce Samyang 14mm MF Mark II :

  • Focale : 14 mm (équivalent 22 mm en APS-C)
  • Format de capteur : plein format, APS-C et 4/3
  • Ouverture maximale : f/2,8
  • Ouverture minimale : f/22
  • Construction optique : 14 éléments répartis en 10 groupes dont 3 lentilles haute réfraction, 1 lentille hybride asphérique, 1 lentille asphérique et 2 éléments à faible dispersion
  • Diaphragme : 9 lamelles
  • Diamètre du filtre :  – (un porte-filtre avec adaptateur est nécessaire)
  • Tropicalisation : oui, joint d’étanchéité sur la monture (baïonnette)
  • Poids : 649 g en Canon EF, 641 g en Nikon F, 708 g en Sony E, 694 g en Fuji X, 695 g en Canon M et 692 g en Micro 4/3
  • Montures compatibles : Canon EF, Nikon F, Sony E, Fuji X, Canon M, 4/3″

 

Construction et prise en main

La nouvelle version du 14mm a droit à un nouveau design, qu’il partage avec le 85mm f/1.4, également mis à jour. Plus de cerclage rouge ou doré, mais un fût très sobre, noir et argent. Les inscriptions de distances de mise au point sont visibles avec une couleur et une typographie qui peut nous faire penser à certaines anciennes optiques (le Nikkor 50mm f/1.8 AF-D par exemple). Ce nouveau design est vraiment réussi, mais semble succomber à la tendance générale de proposer des optiques très sobres depuis quelques années (Sigma, Tamron, Tokina notamment).

Le 14mm possède une bague de mise au point offrant une prise correcte ; sa course et longue et sa manipulation précise. En plus de celle-ci, le Mark II retrouve la bague d’ouverture habituelle sur les optiques Samyang manuelles, permettant de contrôler l’ouverture comme sur les anciens objectifs. Une nouveauté fait son apparition ici : la possibilité de « libérer » cette bague grâce à la fonction « declick », placée sur l’anneau argenté. Une fois en position « free », la bague d’ouverture n’oppose plus de résistance et se manipule de manière fluide. Cette fonction pourrait intéresser les vidéastes qui recherchent des contrôles doux et fluides de focus et de gestion de la profondeur de champ.

Autre nouveauté, la possibilité de verrouiller la mise au point avec une bague dédiée. En position « lock », il n’est donc plus possible de changer – y compris sans le vouloir – une mise au point que nous aurions fait avec précision sur le ciel (méthode du liveview). Cette fonctionnalité est intéressante, mais plutôt superflue sur un ultra grand-angle, sachant que la distance de mise au point hyperfocale est assez rapidement atteinte.

Côté filtrage, il n’y a pas de filetage présent sur le 14mm MkII, à l’instar de la première version. Il faudra attendre que des marques spécialisées (NiSi, Cokin…) développent des adaptateurs pour pouvoir utiliser un porte-filtre sur cet objectif.

 

 

L’ensemble respire la solidité et la qualité de construction. Le fût, la bague en caoutchouc sont agréables au toucher. L’objectif a pris du « poil de la bête » comparé à son prédécesseur : le Mark II est plus large et plus lourd. Ayant eu dans la main un MkI et un MkII, le nouvel ultra grand-angle semble comme être conçu par des marques plus « prestigieuses » tant il fait forte impression – un sentiment partagé par les quelques photographes amateurs et professionnels que j’ai rencontré lors d’une sortie commune dans le Cézallier. Pour parfaire sa qualité de construction, un joint d’étanchéité est présent au niveau de la baïonnette, ce qui n’était pas le cas avant.

Lors de ce mini-trip de 5 jours en Auvergne (bien trop court !), le 14mm était à côté de mon matériel de prise de vue panoramique (Samyang 35mm f/1.4 et tête panoramique Nodal Ninja 6 RD-16II).

 

Lors de mes premières images avec cet ultra grand-angle au sommet du Puy Mary, j’ai pu constater qu’il se manipule facilement : la précision (course + dureté) de la bague de mise au point est bien dosée pour réaliser des prises de vues demandant de la précision (focus stacking par exemple). En revanche, la bague d’ouverture de mon exemplaire est un peu sensible aux manipulations, si bien qu’elle tourne trop facilement sous nos doigts. Il faut bien faire attention à l’ouverture utilisée, surtout de nuit et sur des boîtiers qui ne communiquent pas avec l’objectif ! Sur un boitier Nikon, l’erreur « fEE » apparaît dès que nous ne sommes pas placés à f/22.

Utiliser un 14mm en photo de paysage est un exercice plaisant, notamment pour capturer des portions proches du sol en format portrait ; il autorise des cadrages et des compositions assez créatives, rapidement et simplement. De nuit, vous capturez une portion relativement large du ciel d’un seul coup – surtout si vous utilisez un reflex plein format. Par exemple, il est possible de photographier en une prise tout le Triangle de l’Été jusqu’au centre de la Voie Lactée, avec une partie du sol. Du grand luxe comparé à la photographie panoramique ! 😉

 

Il est quand même chouette à utiliser de jour !

 

Un beau champ de narcisses près du Lac des Moines, dans l’Aubrac. La lumière zodiacale est visible dans le ciel (bande légèrement lumineuse et oblique)

 

Un bel arbre mort, trouvé au détour d’un chemin dans le Cézallier

 

Un chemin anonyme dans l’Aubrac 

 

Qualité d’image en paysage nocturne / astrophotographie

Autant l’annoncer directement, le nouveau 14mm est bon, et même très bon pour un ultra grand-angle.

Samyang a fait un travail important pour améliorer l’objectif, car l’ancienne version pouvait souffrir de quelques soucis : il fallait fermer un peu son diaphragme pour limiter les aberrations chromatiques ou la coma dans les coins et bénéficier d’images plus qualitatives en astrophotographie. À noter tout de même que la grande majorité des UGA sont souvent sujets à ce type de soucis. Autre problème connu, le 14mm MkI peut avoir un souci de mise au point à l’infini qui n’était pas possible : la bague de mise au point arrivait en butée avant de pouvoir avoir une netteté correcte sur les étoiles (plusieurs astuces permettent de corriger ce problème si nous y sommes confrontés).

Le MarkII ne souffre plus de ces défauts. Mieux, il est même quasiment exploitable à pleine ouverture !

À f/2.8, les images présentent des étoiles relativement bien définies sur l’ensemble du champ photographié. Le centre de l’image est un peu plus piqué, mais la différence avec les bords est plutôt minime. Attention tout de même aux étoiles lumineuses (celles composant les constellations ou celles encore plus lumineuses, comme Vega, Antares, Capella…), elles sont représentées par un point de diamètre plutôt gros et un peu baveux, ce qui dénote de la finesse des autres étoiles. Le vignettage est marqué, principalement sur les parties gauches et droites du champ. S’il peut être corrigé sur les logiciels de traitement comme DxO Photolab ou Lightroom (pour ne citer qu’eux), la différence de luminosité reste importante. Il peut donc gêner et créer des images globalement plutôt sombres (il faudra peut-être compenser avec une sensibilité ISO un peu plus élevée).

Le Samyang 14mm est bluffant sur sa gestion de la coma et des aberrations chromatiques dès la pleine ouverture. C’est simple : il y en a très peu. Au centre du champ, les étoiles de la constellation de la Grande Ourse sont à peine entourées d’une marque de diffraction chromatique violette, peu étendue et visible que sur le périmètre opposé de l’étoile au centre de l’image. Une simple gestion des aberrations sur Lightroom ou DxO les fera complètement disparaître sans créer d’artefacts de retouche visibles (cerclage gris/noir). Au bord, des étoiles peu ou moyennement lumineuses ne présentent pas d’aberration chromatique. A voir avec une étoile de forte magnitude dans un coin de l’image, mais cela semble très prometteur ! La coma est quasiment inexistante, sauf dans mon cas sur le coin supérieur gauche de l’image, avec une déformation visible sur quelques étoiles.

 

Image de la région Nord du ciel (la grande Ourse et l’étoile Polaire y est présente). Nikon D750, Samyang 14mm f/2.8 MF Mark II – 15s, 4000ISO, f/2.8. RAW converti en JPG sur DxO Photolab 3, aucune correction activée, aucune retouche hormis une exposition à +1,5 pour mettre en évidence plus facilement la surface et la différence de luminosité du vignettage avec le centre de l’image. Attention à ne pas confondre le bruit chromatique sciemment laissé sur l’image, avec les aberrations chromatiques aux abords des étoiles.

 

Zoom sur les 4 coins de l’image à f/2.8 (!). Attention à ne pas confondre le bruit chromatique sciemment laissé sur l’image, avec les aberrations chromatiques aux abords des étoiles.

 

À f/4, l’évolution de la qualité d’image est subtile, mais néanmoins bien réelle. Le vignettage est bien moins marqué qu’à f/2.8, mais il subsiste encore des zones sombres et verticales sur le côté gauche et droite du champ. Les étoiles sont logiquement mieux définies, sans pour autant voir une différence marquante. Les aberrations chromatiques deviennent très difficilement observables, voire négligeables. En revanche, la coma possède la même forme et la même taille sur les images que j’ai pu réaliser. À ce stade, je peux dire que le Samyang est très bien corrigé pour la coma et qu’il y a peut-être du tilt dans le montage boitier/objectif…

 

Image de la région Nord du ciel (la grande Ourse et l’étoile Polaire y sont présentes) quelques secondes après la précédente. Nikon D750, Samyang 14mm f/2.8 MF Mark II – 15s, 4000ISO, f/4. RAW converti en JPG sur DxO Photolab 3, aucune correction activée, aucune retouche hormis une exposition à +1,5 pour mettre en évidence la surface et la différence de luminosité du vignettage avec le centre de l’image.

 

Zoom sur les 4 coins de l’image à f/4. Attention à ne pas confondre le bruit chromatique sciemment laissé sur l’image, avec les aberrations chromatiques aux abords des étoiles.

 

Vous trouverez ici les 2 images en JPG définition native du D750 (6016×4016) – toujours non corrigées et retouchées sauf l’exposition à +1 pour mieux observer le vignettage sur le fond de ciel. Les exifs sont aussi incluses dans les fichiers.

Raw converti à f/2.8

Raw converti à f/4

 

Un objectif aux performances étonnantes donc, surtout pour moins de 500€. Il se hisse au niveau de ses concurrents et se paye même le luxe d’être optiquement mieux corrigé que certains autres exemplaires…

En parlant de concurrence, le parallèle avec le Sigma ART 14mm f/1.8 peut être établi dans certains esprits. Si la marque japonaise propose un UGA de haut vol – avec un tarif en conséquence   je suis convaincu que l’écart de qualité d’image entre ces deux objectifs est bien plus petit ce celui qui sépare leur prix (le Sigma 14mm étant à 1499€). Un avis d’ailleurs partagé par d’autres astrophotographes aguerris qui ont vu les images de ce Samyang 14mm et qui connaissent bien également le 14mm Sigma.

 

Conclusion et points positifs / négatifs

Samyang propose une nouvelle version réussie de son optique best-seller, populaire dans le milieu de l’astrophotographie et du paysage nocturne. Agréable à utiliser et bien construit dans l’ensemble, il délivre une qualité d’image vraiment étonnante pour sa focale ultra grand-angle, à tel point que nous pouvons l’utiliser à pleine ouverture sans craindre de défauts visibles facilement…

Points +

  • Construction et nouvelle finition
  • Gestion des aberrations étonnante
  • Qualité d’image exploitable dès la pleine ouverture
  • Rapport qualité / prix / performance tout bonnement excellent

Points –

  • Un vignettage assez présent à pleine ouverture
  • Bague de blocage de mise au point : utile sur un UGA ?
  • Bague de « click » de l’ouverture un peu trop sensible lors des manipulations