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Test de la monture de voyage Slik ECH-630

Photographier le ciel est une discipline magique et fascinante, rendue possible pour la majorité du grand public grâce à des appareils photos toujours plus performants pour capturer la lumière venue des étoiles souvent très lointaines de notre galaxie.

Aujourd’hui, réaliser un portrait de la Voie Lactée nécessite simplement quelques connaissances et réglages de base, un trépied, un appareil photo avec réglages manuels.

Avec une pratique régulière, l’envie de réaliser des images toujours plus poussées et impressionnantes arrive assez vite.

Malheureusement, les curieux et passionnés du ciel sont tous heurtés par 3 paramètres à un moment donné de leur pratique de l’astrophotographie :

–        la rotation de la Terre : elle empêche de réaliser des temps de pose longs – a fortiori avec des focales importantes – sous peine de voir les étoiles commencer à s’étirer à cause de leur déplacement sur l’image. Nous sommes limités à une douzaine de secondes de pose en moyenne. Or, c’est avec des temps de pose supérieurs que nous avons des résultats souvent plus intéressants !

–        la complexité et l’offre pléthorique des moyens techniques : compenser la rotation de la Terre n’est pas un souci du moment que nous avons des montures motorisées, capable de contrer ce mouvement avec précision… mais il est facile de se perdre dans les références, les différents types de systèmes lorsque l’on débute et même une certaine complexité à surmonter leur utilisation sur le terrain (montures allemandes motorisées par exemple : c’est stable, très répandu, mais il faut procéder à l’équilibrage, une mise en station précise, il y a un certain temps de « logistique » et ce n’est pas léger).

–        le prix : sauter le pas en achetant du matériel dédié a un coût ; l’astrophotographie peut rapidement devenir chère, très chère et ne pas être « rentabilisée » rapidement (nombre d’utilisation par mois, notamment à cause de la météo ou de sa vie personnelle).

Une réponse idéale à ces 3 problèmes est de créer un système simple de compenser la rotation de la Terre, transportable, facile d’utilisation à un prix plutôt réduit.

Depuis quelques années, de petites montures compactes et abordables sont apparues sur le marché. L’une des dernières en date est la Slik ECH-630, premier modèle de l’équipementier japonais spécialisé dans les trépieds et accessoires photo.

 

Avant de commencer à présenter dans les détails la monture, je tiens à préciser que ce modèle est en ma possession depuis fin 2017 ; j’ai pu l’utiliser dans plusieurs projets de prise de vue, à différents endroits en France, en utilisant plusieurs moyens de transport (voiture, train). Mon avis et retour d’expérience est impartial, mais pertinent concernant cet équipement.

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
La Slik ECH-630 en configuration équatoriale pour le suivi du ciel

 

La monture, vendue par Cokin France, est proposée en bundle avec la mini table équatoriale SMH-250 (l’une des plus compactes du marché) au prix de 349€

Une très belle offre exclusive : 50€ de remise et frais de ports offerts avec le code 5GUXNQGV (valable sur le site après avoir créé un compte)

Lien pour acheter le bundle Slik ECH-630 directement sur le site de Cokin France

 

 

Spécifications et détails techniques

La Slik ECH-630 est un modèle de la marque japonaise apparue dans son catalogue en 2017.

Elle fait partie de la « catégorie » des mini montures de voyage : d’une dimension réduite (86x84x65mm, soit grosso modo 2 boîtes d’allumettes réunies) et pesant 650g environ, elle peut accompagner le photographe partout : sa dimension lui permet de se placer très facilement dans un compartiment à objectif d’un sac photo.

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
La monture se glisse facilement dans un compartiment d’un sac photo; ici, mon sac photo est en configuration panoramique (la tête panoramique est à droite, dans les housses) mais je peux également faire de l’astrophotographie avec du suivi si j’ai envie !

 

Sa fabrication est robuste, le mélange de pièces plastique / aluminium / métal respire la qualité.

En France, l’angle d’inclinaison équatorial est en moyenne de 45° ; la charge utile théorique est donc d’environ 3kg au maximum (avec une bonne tête/rotule en bas pour que ça ne penche pas plus ! ), ce qui est vérifié en partie sur le terrain.

L’ECH-630 doit être fixée sur le trépied à l’aide d’une tête 3D ou d’une rotule ball, comme présente plus haut ; pour se faire, une fixation au pas du Congrès est présente en dessous. Un adaptateur pas du Congrès / pas Kodak est fourni en cas de soucis (fixation avec une semelle).

A noter également que Slik propose la mini table équatoriale SMH-250, désormais proposée en bundle avec la monture. Je possède un modèle prototype que je ne pouvais pas utiliser, cependant l’accessoire est bien pensé et réduit surtout le déport de masse vers le côté de la colonne du trépied.

Au-dessus, c’est une fixation en pas Kodak qui est présent sur la platine grise. Il faut également un adaptateur pas Congrès / pas Kodak pour monter une autre tête, de type rotule ball de préférence (pour limiter le déport de masse sur le côté et éviter que l’ensemble ne s’affaisse avec le temps pendant la session).

Il est à noter que la platine grise se retire du corps de la monture avec les deux vis frein doré, afin de fixer plus rapidement la rotule ball sur l’ECH-630.

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
Pour fixer le matériel sur la platine circulaire, il faut dévisser les 2 freins en laiton pour voir apparaître une “vis à main”

 

Si la partie concernant la fixation est un peu fastidieuse et mérite une correction (avoir un pas du Congrès d’emblée sur la platine grise supérieure est à mon sens inutile : très peu de personnes vont fixer son boitier directement sur l’ECH-630…), la mini monture se rattrape par une ergonomie d’utilisation assez remarquable.

L’interface extérieure se compose d’un bouton ON/OFF, d’un petit écran rétro éclairé monochrome (affichage inversé, blanc sur noir) et d’un pad de navigation / sélection. Lorsque l’ECH-630 est activée, les menus sont peu nombreux mais très clairs : nous devons choisir entre les 2 hémisphères (pour le sens de rotation), le mode de suivi (stellaire, solaire, lunaire, timelapse), et à démarrer la rotation.

Pour les personnes intéressées par le timelapse, plusieurs modes sont possibles : sens horaire ou antihoraire, choix du « panotage » de 5 à 360°, vitesse de rotation pour 360° de 15 minutes à 48h.

Le moteur pas à pas fait un bruit très faible (similaire au mouvement d’une montre), seul l’écran vous indique que cela fonctionne avec un chronomètre.

Activer l’ECH-630 prend donc à peine quelques secondes lorsque nous sommes habitués.

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
Allumage, sélection du mode (timelapse, suivi…), confirmation : c’est prêt !

 

L’autonomie est excellente, grâce à la présence de 4 piles AA, réparties par paire de chaque côté de la petite monture. L’écran indique la quantité d’énergie à disposition avec le nombre d’heures restant. Lorsque vous placez des piles neuves, il oscille entre 18h et 22h, selon la température ambiance (elle peut fonctionner sans soucis par -15°C, je l’ai fait dans les Hautes Alpes en hiver à 2100m d’altitude). Vous avez donc de quoi faire avant de les remplacer.

A propos de changement de piles, cette manipulation est très facile à faire, plus facile que sur une Star Adventurer Classic (je ne parle pas de la Mini), où il faut utiliser un objet plat et fin (couteau, tournevis) pour s’aider à les extraire.

Vous pouvez également alimenter la monture avec un mini port USB (DC 5V) et allonger considérablement son autonomie avec un powertank, si le besoin s’en ressent.

Petit aparté ici : attention à l’emploi de batteries externes pour alimenter des montures astronomiques nomades. Leur capacité en mAH et leur compacité (ainsi que leur prix) sont vraiment des atouts de taille, mais la « qualité » de l’énergie proposée est parfois instable à partir du milieu de la charge restante, provoquant de manière aléatoire des images avec des filés d’étoiles, car le moteur a plus de peine à déplacer l’ensemble du matériel. Préférez des piles AA, ou bien un powertank si vous avez besoin de beaucoup de réserve d’énergie pour un projet sur plusieurs jours : la constance de l’énergie fournie est meilleure au fil de la décharge.

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
Le sélecteur d’allumage, le mini USB pour l’alimentation en 5V, et l’un des 2 compartiments pour piles AA.

 

Dernier élément de la Slik ECH-630 : le viseur polaire.

Celui-ci est réduit à son plus simple appareil, puisqu’il est constitué de 2 trous de diamètre différents, placés de chaque côté de la monture. Ils se montrent à la fois extrêmement simples d’utilisation sur le papier, mais difficiles à maîtriser sur le terrain pour les débutants : pour effectuer la mise en station de la monture (je ne vais pas détailler ici cette opération obligatoire, voici un lien pour dégrossir rapidement le sujet : La mise en station ), vous devez placer l’étoile Polaire dans le viseur, et c’est tout. Il n’y a pas de mire à l’intérieur. Cela nécessite de regarder au loin, vers l’étoile, et de voir son éclat à travers le trou du viseur de l’ECH-630, qui elle sera floue de votre point de vue.

Lors de mes utilisations, je n’ai jamais eu besoin de viser l’étoile avec le plus petit des 2 viseurs, le gain en précision devant être certain (néanmoins utile ?), mais la mise en station plus fastidieuse.

Après quelques essais seulement, la mise en station de la mini monture se fait vite. Je vous conseille de vous entraîner un peu avant et tout se passera pour le mieux après !

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
2 viseurs polaires sont présents au travers du corps de l’ECH-630 : ce sont les 2 trous situés sur les coins supérieurs sur la photo de gauche. A droite, nous pouvons voir la taille du “champ” du viseur sur une grue située à quelques centaines de mètres. Je n’ai jamais utilisé le petit viseur polaire, car sa taille rend la visée de l’étoile Polaire assez difficile, et l’autre viseur fait le boulot.

 

Utilisation de l’ECH-630 : les tests sur le terrain

Sur place, l’ECH-630 se manipule très bien dans le noir. Sa petite taille et son ergonomie sont très appréciables pour commencer rapidement la prise de vue – si vous avez pris auparavant le soin de placer les adaptateurs.

Cette monture se destine à des projets d’image avec des focales allant du Fisheye / Ultra Grand Angle (14mm environ) jusqu’au petit téléobjectif (100mm de focale environ).

De manière concrète, l’emploi d’une petite monture de voyage comme celle-ci permet d’allonger les temps de pose pour passer de quelques secondes à plusieurs minutes sans problème. Le gain en termes de qualité d’image et de détails sur le fond du ciel est très appréciable, et ouvre une nouvelle perspective dans la pratique de l’astrophotographie.

 

Voici quelques chiffres pour comparer les temps de pose avec et sans le Slik ECH-630 :

Test de la monture de voyage Slik ECH-630

Notez que ces chiffres sont des données que j’ai pu vérifier moi-même et à plusieurs reprises, elles ne sont pas fournies par la marque. A chaque fois, la monture est utilisée sur un trépied moyen/haut de gamme (Benro Travel Angel et rotule ball Benro B1) et avec la rotule ball Slik 525DS.

Les cibles étaient sur l’équateur céleste, zone où le ciel se déplace le plus vite (vitesse angulaire la plus élevée).

Notez également que ces chiffres peuvent varier de vos essais, selon la qualité de la mise en station, des serrages, du trépied, de la zone du ciel que vous pointez. Vous pourrez poser encore plus longtemps si vous visez une zone du ciel proche de l’étoile Polaire par exemple.

 

Visuellement, le gain de lumière entre une photo à 10 et 120 secondes de pose est le suivant :

Les réglages auraient dû être identiques, mais j’anticipe ici la remarque suivante : “pourquoi acheter en plus une monture à 400€ si je peux avoir un ciel très étoilé en seulement 10s de pose, avec 6400ISO et une pleine ouverture avec mon objectif à f/1.4 ou f/1.8 ?

La réponse se trouve sous vos yeux : la première image est à 4000ISO, f/2.8 et 10s de pose. La deuxième image est à 1250ISO, f/2.8 et 120s de pose. Il n’y a aucun traitement sur les images hormis une correction de la balance des blancs. Vous avez une image plus fournie, avec moins de bruit électronique… (Laisser 4000ISO pour la pose de 120s aurait donné une image à la limite de la sur-exposition, et non ce n’est pas une blague)

Sur cette portion du ciel, avec un Nikon D750 qui n’est pas défiltré (il est peu sensible aux proches infrarouges) et un Samyang 35mm f/1.4 AS UMC, nous pouvons commencer à deviner certaines nébuleuses (Rosette, Flamme). La nébuleuse d’Orion est plus étendue. Il y a beaucoup plus d’étoiles, les aigrettes sur Sirius sont visibles. La couleur de fond de ciel est beaucoup plus visible également.

 

La monture Slik ECH-630 est dans mon sac photo depuis plus d’un an. A ce titre, j’ai pu réaliser plusieurs prises de vues avec cette petite monture, voici quelques résultats.

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
1er essai de l’ECH-630 dans la campagne Sarthoise, au printemps 2018. La Voie Lactée, bien visible et détaillée, ressort du fond de ciel chargé en humidité par la chaleur. A gauche, Mars brille fortement (elle était proche de la Terre à ce moment-là). EXIFS : Nikon D750 Astrodon, Samyang 35mm f/1.4 AS UMC, Slik ECH-630 Panoramique de 4 images 60s, 2500ISO, f/2.8, 35mm

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
La Voie Lactée de son centre (vers l’horizon) jusqu’à la constellation du Cygne (en haut). Panoramique de 9 images réalisé depuis le Col de Restefond (2800m d’altitude). L’Airglow est visible sur le fond de ciel (teinte verte) EXIFS : Nikon D750 Astrodon, Samyang 35mm f/1.4 AS UMC, Filtre NiSi Natural Night, Slik ECH-630 60s, f/2.8, 4000ISO, 35mm

 

Test de la monture de voyage Slik ECH-630
Un grand champ dans la région du ciel proche d’Orion; ici, nous pouvons voir non seulement les étoiles les plus brillantes de cette zone (Sirius est hors champ plus bas), mais également plusieurs nébuleuses et quelques structures de la Voie Lactée. EXIFS : Nikon D750 Astrodon, Samyang 35mm f/1.4 AS UMC, filtre NiSi Natural Night, Slik ECH-630. 30 minutes de pose au total (15x120s), 1600ISO, 35mm, f/2.8 (Empilement avec le logiciel Siril)

 

 

Face à la concurrence : les Star Adventurer mini, iOptron Sky Tracker, Vixen Polarie…

L’ECH-630 est loin d’être la seule monture de voyage compacte. Il y a en face la Vixen Polarie, l’iOptron Sky Tracker et Skytracker Pro, la Sky Watcher Star Adventurer Mini et l’AZ-GTi, dans d’autres catégories proches la Baader Nanotracker (micro monture) ou l’Omegon Mini Track LX2 (monture mécanique).

La Star Adventurer Classic (celle avec la queue d’aronde et le contrepoids) n’est pas présente dans la liste, car elle n’est pas dans la même catégorie (elle offre plus de précision/temps de pose/focale plus longue possible et plus de charge utile, mais elle est plus grosse et demande plus de réglages ainsi que d’être très minutieux dans sa manipulation une fois le matériel monté).

Comparer chaque monture les unes aux autres est un sujet complet et intéressant que nous n’allons malheureusement pas aborder ici de manière exhaustive par manque de place (le test serait beaucoup plus long si l’on veut faire cela proprement).

Pour donner quelques points de repère, l’ECH-630 est une monture qui offre plus de charge utile que la Vixen Polarie (charge utile de 2kg seulement pour la Polarie en donnée constructeur, donc en réalité cela doit être un peu moins) et une autonomie 10x supérieure (2h contre 20h). Elle offre en revanche moins de fonctionnalités que la Star Adventurer Mini, notamment avec ses fonctions d’intervallomètre intégré et de pilotage WiFi (avec son smartphone).

Si vous ne connaissez pas la SA Mini, Guillaume Doyen a réalisé une très bonne vidéo test sur sa chaîne.

 

Conclusion

La Slik ECH-630 est une monture répondant au mieux aux besoins des photographes souhaitant faire un premier pas dans l’astrophotographie d’objets plus discrets du ciel, ainsi qu’aux initiés voulant une monture portative capable de les suivre partout sans les pénaliser.

Dénuée de fonctions pratiques comme le pilotage du boîtier (intervallomètre) ou un viseur polaire avec mire et grossissement, elle est néanmoins capable de proposer des temps de suivi très intéressants, même avec des focales plutôt longues pour ce type de monture, et une capacité de charge supérieure à la moyenne sur le segment des mini montures de suivi. Sa simplicité d’utilisation et son autonomie sont également des atouts indéniables : une fois maîtrisée, il est possible de commencer à lancer des poses en 5 minutes juste après l’arrivée sur le site de prise de vue.

 

+ Compacte, robuste, facile à utiliser

+ Utilisation concluante avec des focales jusqu’à 135mm

+ Temps de pose de 120s pour 35mm de focale (vérifié et régulier)

+ Différents modes d’utilisation

+ Grande autonomie même par températures négatives (< -10°C)

 

– Viseur pour la mise en station peu pratique, nécessite un peu d’entraînement

– Les histoires de pas Kodak et Congrès : 2 adaptateurs fournis au lieu d’un seul peuvent éviter une mauvaise surprise !

 

 

Je remercie Cokin France pour le prêt de la monture !